Hypinisme, bullshiterie et éthique

Ces dernières années, mon horizon en tant que web designer s’est largement étoffé. Il est loin le temps ou j’hésitais entre Adobe GoLive, Macromédia Dreamweaver et le bloc-notes de Windows. Désormais, le web est une véritable caverne d’Ali-Baba où des centaines de technologies, d‘applications et de langages se battent avec férocité pour s’arracher nos faveurs.

Ça commence comme une histoire d’amour

Nous tombons souvent amoureux des outils que nous utilisons au quotidien et nous y sommes encouragés par les réseaux sociaux. Au final, nous avons l’impression de faire partie d’une communauté, galvanisés par les community managers et les campagnes publicitaires pleines de paillettes et de termes ronflants.

Et ça dérive en manque de perspectives

Cette affection que l’on voue à nos outils engendre un problème sérieux d’éthique dans notre relation client. Nous nous persuadons que les solutions que nous utilisons répondent toujours à leurs attentes. Associez à cela une concurrence de plus en plus rude et ce sentiment vire le plus souvent à de la mauvaise foi.

“Ma solution répond pleinement à vos besoins.”

Et vous n’aurez pas toujours tort. Pas toujours.

Mais il arrive un moment où l’on propose une solution qui n’est pas la plus adaptée aux besoins formulés par un client et ne pas le reconnaitre, ne pas prendre ses responsabilités, c’est manquer d’éthique.

Honnêtement, à qui rendez-vous service dans ce genre de situation ? Pas à vous et encore moins à votre client.

Assumer le fait que l’on ne peut pas tout faire

Savoir dire non, ce n’est jamais quelque chose de simple. On a envie de tenter de nouveaux challenges et de tester de nouvelles choses.

Savoir déléguer, c’est certainement ce qui fut le plus difficile pour moi mais je n’avais pas conscience à quel point cela pouvait m’aider à évoluer dans ma carrière professionnelle. Déléguer, c’est lâcher du lest et collaborer. C’est tolérer d’anciens concurrents comme de nouveaux collaborateurs. Au final, c’est apprendre de nouvelles choses, humaines et techniques.

Tisser une relation de confiance

Connaitre ses points forts, ses points faibles et savoir quand déléguer, c’est tisser une relation de confiance avec vos clients et avec vos collaborateurs.

Vous utilisez votre expérience à bon escient et vous êtes sûr de vous. Cet état d’esprit est rassurant pour votre entourage. Pour les points que vous ne maîtrisez pas, vous n’avez pas peur de passer le relais. Là aussi, vous rassurez votre entourage. Vous connaissez vos limites et vous mesurez pleinement l’intérêt de collaborer.

S’épanouir dans son boulot

Savoir déléguer, c’est aussi éviter de tomber dans le travers d’une mission pour laquelle vous n’avez pas d’expérience. Ce genre de situation peut poser divers problèmes.

Premièrement, vous pouvez vous y casser les dents, vous arracher les cheveux sur des problèmes techniques non-anticipés et exploser les délais. Vous finirez par travailler à perte ou à faire appel à un expert qui pourra vous sortir du pétrin.

En second lieu, c’est la confiance que votre client a placée en vous qui peut être remise en question. Cette situation peut devenir tendue et, à terme, vous faire une très mauvaise publicité.

Level up !

Un des plus gros bénéfice que je peux tirer de mes différentes collaborations, c’est le fait d’apprendre de nouvelles choses: une technique particulière, une nouvelle application ou quelques infos sur un langage qui m’est inconnu.

Ce partage de connaissance quotidien que l’on peut avoir avec ses collaborateurs est très utile vu la vitesse avec laquelle l’univers du web évolue. Cela nous permet de nous maintenir à flot sur une mer déchainée.

Je ne dis pas qu’il faut tout apprendre, faire table rase du passé et s’éprendre de nouvelles technologies. Libre à vous d’opter pour des solutions qui vous séduisent mais le simple fait d’enrichir vos connaissances afin d’avoir une vision plus claire des différents outils et langages qui existent vous permet surtout de savoir quand vous mettre au devant de la scène et quand laisser la place à un autre acteur.

Vous explosez le budget avec vos potes…

Une inquiétude récurrente est la peur de remettre une offre trop onéreuse qui sera refusée d’emblée par le client. Le budget est un sujet épineux quand on le regarde sous le mauvais angle car ce n’est pas un budget mais bien une solution technique et le retour sur investissement qui doivent être évalués et critiqués.

Votre client a peut-être spécifié un budget maximum à ne pas dépasser et il est alors de votre responsabilité de proposer une solution qui répond à cette contrainte ou à décliner simplement l’offre. Veillez toujours à bien argumenter votre décision afin de préserver la confiance de votre client.

Mais sincèrement, qui préfèrerait une solution peu coûteuse qui ne vous rapporte qu’un ulcère à l’estomac face à une solution onéreuse qui génère un retour sur investissement plus que confortable ?

Prendre ses responsabilités

Dernier point mais pas des moindres dans la relation de confiance que vous essayez de tisser avec votre entourage… Vous devez assumer vos erreurs et prendre vos responsabilités quand les choses foirent et que votre équipe se plante.

Nous avons facilement tendance à reporter la faute sur d’autres afin de se dédouaner complètement des problèmes survenus mais ce n’est jamais une solution et il convient de prendre ses responsabilités. Le fait de collaborer, c’est aussi assumer les risques et les erreurs ensembles, de savoir les reconnaitre et d’en tirer des conclusions pour qu’elles ne se répètent plus.

Un monde meilleur avec des oiseaux qui chantent et tout et tout

Soyons clair, il m’aura fallu plus de dix années de travail avant de songer à écrire cet article. J’ai commis des erreurs, accepté des missions que je n’aurai pas dû accepter, mis des clients dans des situations délicates et opté pour de mauvais collaborateurs. Rien n’est jamais simple et je ne suis pas à l’abri de faire encore des erreurs.

Pour autant, ma situation professionnelle s’est améliorée d’année en année. J’ai fait des rencontres formidables et j’ai beaucoup appris de celles-ci. Cela m’a permis d’évoluer en même temps que le web évoluait (et évolue toujours). Je m’étonne même d’aimer plus mon métier que quand j’ai débuté.

Alors, pourquoi pas vous ?